
Dans un précédent billet rédigé dans le sillage de la 16e session de UN-GGIM à New York, nous analysions le Report on Regional Activities in Africa présenté par le président du Bureau exécutif régional. Nous y soulignions notamment le bilan institutionnel indéniable de la plateforme , les six familles de contraintes traitées sous un angle purement technique (financements, documentation, fracture numérique), ainsi que le passage vers des enjeux de souveraineté des données et d’infrastructures critiques.
L’actualité diplomatique vient d’offrir un prolongement spectaculaire à ce constat.
L’Assemblée générale des Nations Unies vient d’adopter à une écrasante majorité (164 voix pour) la résolution « Correct The Map ».
Porté par le Togo au nom du Groupe africain, ce texte appelle à promouvoir une représentation des continents fidèle à leur superficie réelle, remettant en cause la suprématie de la projection de Mercator dans les représentations mondiales non navigables.
Ce vote historique ne concerne pas seulement les éditeurs d’atlas ou les cartes scolaires, mais a une la portée stratégique sur les travaux d’UN-GGIM: Africa.
Du symbole cartographique à l’infrastructure réelle
Comme l’a résumé le diplomate togolais Robert Dussey, « une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde ». Mais pour la communauté géospatiale africaine, le défi commence là où s’arrête la rhétorique diplomatique.
La résolution onusienne offre un écho direct au thème de la 12e session de UN-GGIM: Africa prévue à Addis-Abeba en octobre prochain : « Seeing Africa Clearly ».
Voir l’Afrique clairement exige deux démarches complémentaires :
- En surface : adopter des projections équivalentes (telles qu’Equal Earth) pour rétablir l’équité visuelle du continent face au reste du monde.
- En profondeur : consolider les infrastructures fondamentales de données (géodésie AFREF, cadastre, intégration statistique-géospatiale ISGI) afin que cette superficie réelle soit administrée, aménagée et valorisée de façon souveraine.

L’ancrage historique : du plaidoyer de Carlos Lopes à la reconnaissance onusienne
Cette avancée majeure aux Nations Unies s’inscrit dans la continuité directe du travail de sensibilisation engagé il y a une décennie par le professeur Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) à l’époque.
Dès 2016, lors de sa conférence mémorable à la SOAS (« How Big Is Africa? ») accueillie au siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, Carlos Lopes avait été l’un des premiers leaders intellectuels du continent à poser publiquement la question de la distorsion cartographique comme un enjeu éminemment politique et géopolitique.
En rappelant à l’époque que « la justice cartographique doit être respectée », il avait ouvert la voie au débat au sein des instances continentales, posant ainsi les jalons intellectuels qui ont permis, dix ans plus tard, l’aboutissement diplomatique de la résolution « Correct The Map » à New York.

https://twitter.com/LopesInsights/status/2095977982372503838?s=20
Speak Up Africa and Africa No Filter also salute Professor Carlos Lopes of the University of Cape Town, promoter of the Correct the Map campaign, whose engagement was instrumental in engaging the African Union and researchers across the continent to the case for a fairer map, giving the campaign the intellectual weight it needed on the road to New York.
Une opportunité pour réorienter le plan Gi4SD
Comme nous le notions dans notre précédente analyse , l’un des angles morts du rapport régional 2026 résidait dans l’absence d’outils de mesure partagés de la maturité géospatiale à l’échelle du continent.
L’élan politique créé par l’initiative « Correct The Map » offre l’occasion d’introduire un Index Africain de Développement Géospatial (AGDI) lors de la révision du Plan d’action continental Gi4SD (2016-2030) programmée pour décembre 2026.

Un tel index ne mesurerait plus seulement le nombre de Country Action Plans (CLAP) initiés ou complétés, mais évaluerait aussi :
- Le degré d’autonomie géodésique et technologique des États ;
- L’appropriation des données spatiales par les décideurs publics nationaux ;
- La capacité des agences nationales à transformer ces données en leviers d’aide à la décision.

Un calendrier sous haute visibilité politique
La séquence institutionnelle identifiée dans le rapport 2026 prend dès lors une dimension politique d’une densité inédite. Le passage du technique au politique s’accélère :
[Sept. 2026] Adoption de la résolution ONU « Correct The Map » (New York)
[Oct. 2026] 12e session UN-GGIM: Africa (Addis-Abeba) : « Seeing Africa Clearly »
[Déc. 2026] Cadre de gouvernance ministériel & révision du plan Gi4SD
[Fév. 2027] Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UA


Land and Water Statistics in Africa: From Fragmented Measurements to Nationally Owned Evidence for Natural Resource Governance and Economic Value https://www.youtube.com/watch?v=e_i-Gc-74ec
Conclusion
La résolution onusienne a fait faire à la diplomatie africaine un pas décisif sur le terrain de la « justice cartographique ». Il incombe maintenant au Bureau exécutif d’UN-GGIM: Africa, de saisir ce levier pour faire passer le continent d’une réhabilitation visuelle sur la carte du monde à une véritable souveraineté sur les données de son propre territoire.

From « Correct The Map » to Geospatial Sovereignty
The adoption of the UN Resolution « Correct The Map » (spearheaded by Togo on behalf of the African Group) marks a pivotal step toward cognitive justice by calling for world maps that reflect Africa’s true scale rather than the distorted Mercator projection.
However, as noted in GTOPIC’s analysis of the UN-GGIM: Africa regional activities report, symbolic cartographic fairness must be backed by tangible geospatial governance and data sovereignty.
To move from political recognition to operational strength ahead of the 12th UN-GGIM: Africa session (« Seeing Africa Clearly ») in Addis Ababa, the continent must address key structural priorities:
- Bridging Technical Execution and Sovereignty: Beyond technical challenges (funding, digital divide, language barriers), African nations need full control over their foundational geospatial infrastructure, land administration, geodetic networks (AFREF), and cybersecurity.
- Evaluating Progress via the AGDI: While several countries (e.g., Burkina Faso, Ethiopia, Cameroon, Senegal) have completed their UN-IGIF Country Action Plans (CAPs) and Morocco advances its ANCFCC 2030 strategy, the region lacks quantitative benchmarks. Introducing an African Geospatial Development Index (AGDI) during the 2026 revision of the Gi4SD (2016–2030) action plan would provide a standardized framework to measure data autonomy and maturity.
- Intellectual & Political Continuity: This UN breakthrough builds on a decade of advocacy—most notably initiated in 2016 by former ECA Executive Secretary Carlos Lopes (« How Big Is Africa? ») at the African Union—setting up a high-stakes diplomatic sequence leading to the African Union Heads of State Summit in 2027.
Core Takeaway: Correcting Africa’s representation on global maps is only the first step; establishing robust geospatial governance, data ownership, and decision-ready infrastructure across all member states is what will ultimately secure the continent’s spatial sovereignty.

