Gouvernance des données en Afrique : du national au régional – le rôle structurant des CER

Initiatives CEA – GIZ – UE – AUDA-NEPAD : stratégies nationales, cadres sous régionaux et cas d’usage

Depuis l’adoption du Cadre de politique des données de l’Union africaine (AU Data Policy Framework – AUDPF) en février 2022, la Commission économique pour l’Afrique (CEA), en partenariat avec la GIZ, l’Union européenne et AUDA-NEPAD, déploie une approche multi-niveaux : national, sous-régional et continental. Cette dynamique, portée par l’initiative Data Governance in Africa (DataCipation), place les Communautés économiques régionales (CER) au cœur de la traduction opérationnelle des principes continentaux.

Elle entre en résonance directe avec les travaux de UN-GGIM: Africa et la mise en œuvre du Cadre intégré de l’information géospatiale (UN-IGIF). Les données géospatiales, en tant que composante stratégique des données nationales, ne peuvent plus être traitées en silo. La souveraineté numérique, l’interopérabilité et la valorisation des données passent désormais par une convergence explicite entre gouvernance des données « générales » et gouvernance de l’information géospatiale.

Le niveau national : stratégies de gouvernance des données et articulation avec les CAP IGIF

Plusieurs États membres ont engagé, avec l’appui technique de la CEA (TICID), des processus structurés d’élaboration de Stratégies nationales de gouvernance des données.

Le schéma type combine :

  • une mission d’évaluation (diagnostic juridique, institutionnel et technique, souvent via l’outil AUDP-CAT) ;
  • des ateliers de renforcement des capacités ;
  • un atelier multi-acteurs de validation ou d’orientation stratégique.

Exemples récents :

  • Tchad (mai 2026) : consultations, renforcement des capacités et atelier d’engagement à N’Djamena. Maturité initiale évaluée à environ 30 %.
  • Burundi (novembre 2025) : validation de sa première Stratégie nationale (7 piliers).
  • RDC (novembre 2025) : validation et remise officielle de la Stratégie nationale.
  • Mozambique (décembre 2025) : validation de la Politique nationale et de sa stratégie de mise en œuvre.
  • République du Congo et Guinée (juin 2026) : processus de diagnostic et d’engagement des parties prenantes lancés.
  • Tanzanie : stratégie de gouvernance électronique des données en phase de finalisation.

Ces exercices nationaux offrent une opportunité majeure d’intégrer les dimensions géospatiales. Les piliers classiques des stratégies de gouvernance des données (cadre institutionnel, interopérabilité, protection, infrastructures, compétences, économie des données) rejoignent directement les neuf voies stratégiques de l’UN-IGIF, notamment les voies 1 (Gouvernance et institutions), 2 (Politiques et cadres juridiques), 4 (Données), 5 (Innovation) et 6 (Normes).

Les pays qui élaborent simultanément un Country Action Plan (CAP) IGIF et une Stratégie nationale de gouvernance des données disposent d’un levier unique pour éviter la duplication et renforcer la cohérence de leur écosystème de données (données de référence géospatiales, cadastre, infrastructures de données spatiales – NSDI).

https://x.com/ECA_OFFICIAL/status/2097192656728215766

Le niveau sous-régional : le rôle pivot des CER et les enjeux d’interopérabilité géospatiale

Les CER constituent le chaînon manquant entre les ambitions continentales et les réalités nationales. Elles permettent d’aligner les approches, de faciliter les flux de données transfrontaliers de confiance et de mutualiser les capacités – y compris pour les données géospatiales critiques (frontières, ressources naturelles, infrastructures, gestion des risques et suivi de la couverture forestière).

L’exemple le plus récent est celui de la CEEAC (ECCAS) :

Du 31 août au 4 septembre 2026, à Douala (Cameroun), la CEA, la CEEAC, AUDA-NEPAD, l’UE et la GIZ ont organisé une série d’ateliers visant à élaborer un Cadre régional de gouvernance des données de la CEEAC. Objectifs : harmoniser les approches nationales, établir des principes communs, faciliter les flux transfrontaliers sécurisés et construire un espace de données CEEAC interopérable.

Ce processus ouvre la voie à une intégration progressive des standards géospatiaux (OGC, ISO, profils régionaux) dans le cadre de gouvernance des données, et pourrait s’articuler avec les recommandations d’Accra (UN-GGIM: Africa 11) relatives aux infrastructures de données spatiales marines (MSDI) et à l’indice africain de développement géospatial.

D’autres CER avancent parallèlement (CAE, CEDEAO, SADC, IGAD) sur les cadres de gouvernance des données, les flux transfrontaliers et l’interopérabilité.

Les cas d’usage : quand la gouvernance des données rencontre la télédétection

L’initiative Data Governance in Africa ne se limite pas aux cadres politiques. Elle soutient également des cas d’usage concrets qui illustrent la valeur des données, y compris géospatiales.

Parmi les réalisations notables figure un data challenge défini pour un hackathon transfrontalier sur la déforestation, en collaboration avec des startups sénégalaises et le BNETD (Bureau National d’Études Techniques et de Développement de Côte d’Ivoire).

Ce challenge s’inscrit dans une logique d’observation de la Terre : utilisation d’images satellitaires (notamment Sentinel-2), cartographie de l’occupation des sols, détection des changements de couverture forestière et estimation de biomasse/carbone. Il rejoint des travaux parallèles soutenus par la même initiative, tels que :

  • le Côte d’Ivoire Byte-Sized Agriculture Challenge (classification pixel par pixel de plantations de cacao, hévéa et palmier à huile à partir d’images Sentinel-2) ;
  • les approches de type High Carbon Stock / carbon mapping au Sénégal et en Côte d’Ivoire, combinant images satellitaires et inventaires de terrain pour le suivi de la déforestation et des stocks de carbone.

Ces cas d’usage démontrent comment la gouvernance des données (partage, interopérabilité, protection, valorisation) devient opérationnelle lorsqu’elle s’appuie sur les données géospatiales pour répondre à des défis prioritaires : climat, forêts, agriculture durable et suivi des engagements internationaux.

Le niveau continental : l’AUDPF et les convergences avec UN-GGIM: Africa

L’AUDPF (2022) reste le document de référence. Il fixe les principes (souveraineté, protection, interopérabilité, équité, confiance) et oriente les investissements nécessaires à une économie de la donnée inclusive.

L’initiative Data Governance in Africa (budget 60 M€, 2023-2026) en assure le déploiement opérationnel à travers trois piliers : politiques et réglementations, cas d’usage, et infrastructures numériques vertes et sécurisées.

Parallèlement, UN-GGIM: Africa et la CEA portent l’agenda de l’information géospatiale. Les deux dynamiques convergent sur des enjeux critiques : souveraineté des données, interopérabilité et standards, infrastructures de confiance, capacités institutionnelles et mesure des progrès (lien possible avec un futur Indice africain de développement géospatial).

Enjeux et perspectives

Trois défis majeurs se dégagent :

  1. L’alignement multi-niveaux et multi-domaines – Articuler stratégies nationales de gouvernance des données, CAP IGIF, cadres régionaux des CER et AUDPF, afin d’éviter les silos entre « données » et « données géospatiales ».
  2. La souveraineté et la confiance – Concilier libre circulation des données (y compris géospatiales) et protection des droits, de la sécurité et des intérêts stratégiques nationaux.
  3. La capacité institutionnelle et la mesure – Transformer les documents validés et les cas d’usage (télédétection, carbon mapping, suivi de la déforestation) en mécanismes opérationnels durables.

La gouvernance des données n’est plus seulement un enjeu technique. Elle est devenue un levier de souveraineté numérique, d’intégration régionale et de transformation économique.

Les CER, appuyées par la CEA, l’UA, la GIZ et l’UE, sont aujourd’hui les artisans concrets de cette ambition – à condition d’intégrer pleinement la dimension géospatiale comme composante stratégique de l’écosystème de données.

https://www.uneca.org/eca-events/sites/default/files/resources/documents/acs/statcom10/fr_report_on_regional_activities_in_africa_un-ggim.pdf

https://www.uneca.org/eca-events/statcom10/documents

https://www.ogc.org/fr/blog-article/from-mathematics-to-national-mapping-fernand-bale-on-elevating-cote-divoires-geospatial-future

https://www.uneca.org/fr/node/11898

https://d4dhub.eu/initiatives/data-governance-in-africa

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Data Governance in Africa: From National to Regional – The Structuring Role of the RECs

The article examines the multi-level approach to data governance in Africa since the adoption of the African Union Data Policy Framework (AUDPF) in February 2022.

It highlights the central, operational role of the Regional Economic Communities (RECs / CER) in translating continental principles into practice, under the Data Governance in Africa (DataCipation) initiative led by the UN Economic Commission for Africa (ECA/CEA) in partnership with GIZ, the European Union, and AUDA-NEPAD.

National level

Several countries have developed or are developing national data governance strategies with ECA technical support. The typical process includes a diagnostic assessment (often using the AUDP-CAT tool), capacity-building workshops, and multi-stakeholder validation. Recent examples include:

  • Chad (May 2026) – initial maturity assessed at ~30%
  • Burundi and DRC (November 2025) – strategies validated
  • Mozambique (December 2025) – national policy and implementation strategy validated
  • Republic of Congo and Guinea (June 2026) – diagnostics launched
  • Tanzania – electronic data governance strategy nearing finalisation

The author stresses that these national strategies offer a major opportunity to integrate geospatial dimensions, aligning them with Country Action Plans (CAPs) under the UN Integrated Geospatial Information Framework (UN-IGIF). Geospatial data can no longer be treated in silos.

Sub-regional / REC level

RECs are positioned as the key intermediaries for operationalising continental principles.

A concrete illustration is the work on an ECCAS (CEEAC) Regional Data Governance Framework (consultations and capacity-building in Douala, Cameroon, late August–early September 2026).

The framework aims to align national approaches, enable trusted and secure cross-border data flows, and support an integrated regional digital market while recognising differing levels of digital maturity.

It is aligned with the AUDPF, the Digital Transformation Strategy for Africa, the Malabo Convention, and the AfCFTA Protocol on Digital Trade.

Use cases linking data governance and geospatial information

Practical examples show how data governance becomes operational when combined with geospatial data:

  • Monitoring deforestation and agricultural expansion (e.g., cocoa and oil palm using Sentinel-2 imagery)
  • High Carbon Stock / carbon mapping approaches in Senegal and Côte d’Ivoire, combining satellite imagery and field inventories

These cases address priority challenges such as climate, forests, sustainable agriculture, and tracking international commitments.

Continental level and convergences

The AUDPF remains the reference document (principles of sovereignty, protection, interoperability, equity, and trust).

The Data Governance in Africa initiative (? €60 million, 2023–2026) operationalises it through three pillars: policies/regulations, use cases, and green/secure digital infrastructure.

This agenda converges strongly with UN-GGIM: Africa and the implementation of the UN-IGIF on issues of data sovereignty, interoperability and standards, trusted infrastructure, institutional capacity, and progress measurement (including potential links to a future African Geospatial Development Index).

Key challenges and outlook

Three major challenges are identified:

  1. Multi-level and multi-domain alignment – connecting national data strategies, IGIF Country Action Plans, REC regional frameworks, and the AUDPF to avoid silos between “general” data and geospatial data.
  2. Sovereignty and trust – balancing free data flows (including geospatial) with the protection of rights, security, and national strategic interests.
  3. Institutional capacity and measurement – turning validated documents and use cases into sustainable operational mechanisms.

Conclusion

Data governance is no longer merely a technical issue. It has become a lever for digital sovereignty, regional integration, and economic transformation.

The RECs, supported by the ECA, AU, GIZ, and EU, are the concrete architects of this ambition — provided the geospatial dimension is fully integrated as a strategic component of the data ecosystem.

A propos Mohamed Timoulali

Consultant
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