La 12e session de UN-GGIM: Africa en vue d’un cadre de gouvernance

Le 3 août 2026, en ouverture des travaux préparatoires à la seizième session d’UN-GGIM à New York, Kamal Outghouliast, Président du Bureau exécutif d’UN-GGIM: Africa, a présenté le Report on Regional Activities in Africa.

Ce document, titré « Holistic Geospatial Information Vision », dresse le bilan d’une plateforme régionale qui, en douze sessions et quinze ans, est passée d’une coordination préparatoire (Addis-Abeba, 2011) à un rendez vous institutionnel annuel incontournable du calendrier géospatial africain.

Le Maroc à la présidence de UN-GGIM: Africa

Le Bureau exécutif de UN-GGIM : Africa reflète un équilibre régional : le Maroc à la présidence, le Burkina Faso en première vice-présidence, le Mozambique en seconde, le Burundi et le Congo aux rapporteurs, l’Éthiopie comme membre de droit, aux côtés du Secrétariat assuré par la Commission économique pour l’Afrique (UNECA).

Cette architecture couvre volontairement les cinq grandes zones du continent — Nord, Ouest, Centre, Est et Sud — et s’organise autour de quatre groupes de travail : IGIF (Cadre intégré d’information géospatiale), ISGI (intégration géospatiale-statistiques), AFREF (infrastructure géodésique) et LAM (administration et gestion foncières).

À l’échelle globale, cette présidence marocaine s’inscrit d’ailleurs dans un momentum africain plus large aux côtés de l’Afrique du Sud (co-chair de UN-GGIM,

du Cameroun (co-présidence du Groupe de haut niveau UN-IGIF),

et de la Côte d’Ivoire (co-présidence du Sous-comité de géodésie).

Mise en œuvre de IGIF et plans d’actions Pays

Mais le rapport contient aussi une donnée qui interpelle. Sa page 6 présente un tableau de suivi de la mise en œuvre des Country Action Plans (CLAP) — l’instrument national de déclinaison du cadre IGIF — pour douze pays : Burkina Faso et Éthiopie (plans achevés en 2022 via le Development Account), Cameroun et Sénégal (achevés en 2024), Côte d’Ivoire (engagée en 2024, aux étapes 4 à 6), Mozambique, Eswatini, Mali, Rwanda (en cours), Burundi et Djibouti (stade préliminaire), Afrique du Sud (en attente de nomination d’un prestataire).

Le Maroc n’apparaît pas dans ce tableau, mais l’ANCFCC prépare actuellement sa Stratégie et son Plan d’action à horizon 2030, confiée fin2025 au cabinet Southbridge A&I, un exercice dont les résultats sont fortement attendus.

À l’heure où le Maroc préside le Bureau exécutif d’UN-GGIM:Africa, la publication de cette stratégie 2030 serait une occasion naturelle de transformer la présidence régionale en démonstration nationale : montrer, avec la même transparence que les autres pays du tableau, où en est la feuille de route marocaine, ses jalons et son calendrier de mise en œuvre.

Souveraineté des données et infrastructure critique : l’angle d’avenir

Un point mérite d’être ajouté à la lecture du rapport : ses six familles de défis restent formulées en termes de mise en œuvre technique — financement, documentation, fracture numérique — sans offrir une vision sur les enjeux de souveraineté des données géospatiales et d’infrastructure critique (géodésie de référence, cybersécurité des systèmes fonciers, maîtrise des données fondamentales) qui structurent pourtant les grands récits de transformation géospatiale actuels, y compris celui porté par le Maroc lui même sur l’IA et la gouvernance de confiance (voir le document ANCFCC soumis au point 6 de la 16e session).

Le rapport révèle aussi l’absence d’un outil de mesure comparatif entre pays : le tableau CLAP reste qualitatif, sans indicateurs quantitatifs de maturité partagés. C’est précisément l’angle que pourrait combler un Index africain de développement géospatial(AGDI), à faire valoir dans le cadre de la révision du Plan d’action africain Gi4SD (2016- 2030) prévue en décembre 2026.

Un tel index donnerait à la région un instrument de pilotage comparable à ceux qui existent déjà à l’échelle mondiale (GKI Readiness Index), tout en ancrant la souveraineté des données et l’infrastructure critique comme dimensions à part entière de la prochaine génération du plan d’action continental.

L’ANCFCC, agence nationale et institution d’attache du leadership régional

Ce constat éclaire une dualité de rôle propre à l’ANCFCC aujourd’hui : elle est à la fois l’agence nationale de référence en foncier, cadastre et cartographie, et l’institution d’appartenance du Président du Bureau exécutif régional.

La Stratégie Foncière Nationale, ainsi que la Stratégie et le Plan d’action ANCFCC 2030, ne peuvent donc plus se lire uniquement comme un exercice de modernisation interne : ils fonctionnent aussi, de fait en relation avec la récente réforme du HCP, l’action du CRTS et la stratégie Maroc Digital 2030 avec son volet IA , comme levier national au service de la présidence continentale.

Cela déplace la focale : au lieu de simples indicateurs de volume (hectares immatriculés, titres produits, cartes éditées), l’enjeu devient de démontrer une montée vers la connaissance décisionnelle et le leadership continental — partage d’expérience, appui aux plans d’action d’autres pays, contribution visible à la révision du Gi4SD.

Des défis d’implémentation qui font écho à des constats déjà anciens

Le rapport identifie six familles de contraintes : financement insuffisant, difficulté à démontrer la valeur ajoutée du cadre auprès des décideurs de haut niveau, documentation non disponible dans toutes les langues onusiennes, fracture numérique (accès internet, coûts, concurrence limitée), déficit d’appropriation par les parties prenantes nationales, et absence de politiques claires de partage des données.

Le point sur la documentation mérite d’être noté : la difficulté d’accès aux ressources techniques IGIF pour les pays est une préoccupation partagée par plusieurs régions.

A noter l’effort entrepris par UN-GGIM: Arab States où le Maroc contribue à la traduction en arabe de la documentation IGIF.

Un calendrier chargé jusqu’à fin 2027

Le rapport trace une feuille de route dense : douzième session d’UN-GGIM: Africa à Addis Abeba en octobre 2026, sous le thème « Seeing Africa Clearly » ; participation à la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur l’information géospatiale (UNWGIC) en novembre 2026 ; un cadre de gouvernance avec engagement ministériel en décembre 2026 ; une présence au Sommet des chefs d’État de l’Union africaine en février 2027 ; un Sommet géospatial africain en avril 2027 ; puis une treizième session à Tunis en octobre 2027.

Cette séquence dessine une montée en visibilité politique progressive — du technique (groupes de travail, plans d’action nationaux) vers le stratégique (engagement ministériel, puis chefs d’État) — qui mérite d’être suivie de près.

La CoM 58 sous présidence du Cameroun

Accentuer l’effort de communication

Le rapport 2026 sur les activités régionales d’UN-GGIM: Africa décrit une maturation institutionnelle réussie, et couronne quinze ans d’engagement africain.

La mobilisation envisagée pour le futur devrait s’accompagner d’un effort de communication dépassant les communautés de l’information géospatiale, pour atteindre toutes les parties prenantes au développement aussi bien au niveau des pays que des organisations régionales et sous régionales à l’image du webinaire organisé sous l’égide de ASLI.


Références

https://www.un.org/globalgeospatial/sites/default/files/2026-08/africa-report-on-regional-activities-rev.3.pdf

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The 12th Session of UN-GGIM: Africa, Towards a Governance Framework

On 3 August 2026, ahead of UN-GGIM’s sixteenth session in New York, Kamal Outghouliast, Chair of the UN-GGIM: Africa Executive Board, presented the Report on Regional Activities in Africa. The report traces the platform’s maturation from preparatory coordination in Addis Ababa (2011) to an established annual institutional gathering, now in its twelfth cycle.

Morocco as the chair of UN-GGIM: Africa

The renewed Executive Board balances the continent geographically: Morocco chairs, with Burkina Faso and Mozambique as first and second vice-chairs, Burundi and Congo as rapporteurs, Ethiopia as ex-officio member, and ECA as secretariat — spanning North, West, Central, East and Southern Africa across four working groups (IGIF, ISGI, AFREF, LAM). This chairmanship sits within a broader African momentum: South Africa (UN-GGIM co-chair), Cameroon (co-chair, UN-IGIF High-Level Group) and Côte d’Ivoire (co-chair, Subcommittee on Geodesy).

IGIF implementation and national CAPs

The report’s Country Action Plan (CAP) tracking table covers twelve countries at varying stages — Burkina Faso and Ethiopia completed in 2022, Cameroon and Senegal in 2024, Côte d’Ivoire underway, several others in progress or early stage. Morocco does not appear in the table; the blog notes that ANCFCC is instead preparing its own 2030 Strategy and Action Plan, assigned in late 2025 to the consultancy Southbridge A&I, with results eagerly anticipated. Publishing that strategy, the post argues, would let Morocco turn its regional chairmanship into a national demonstration — matching the transparency other countries show in their CAP tracking.

Data sovereignty and critical infrastructure — the missing lens

The report’s six challenge areas (funding, advocacy/buy-in, documentation, digital divide, stakeholder ownership, data-sharing policy) stay technical, without addressing geospatial data sovereignty or critical infrastructure (reference geodesy, land-system cybersecurity, control over foundational data) — themes central to Morocco’s own AI-and-trusted-governance submission to item 6 of the 16th session.

The post also flags the need for a shared quantitative maturity tool across countriesn, an African Geospatial Development Index (AGDI) — comparable to the global GKI Readiness Index — as a natural addition to the Gi4SD continental action plan revision expected in December 2026.

ANCFCC’s dual role

The agency is both Morocco’s national land/cadastre/mapping authority and the institutional home of the regional chair. Its National Land Strategy and its 2030 Strategy and Action Plan therefore function not just as internal modernization, but — in connection with the recent HCP reform, CRTS activity, and the AI component of Maroc Digital 2030 — as a national lever supporting continental leadership. The focus shifts from volume metrics (parcels registered, titles issued, maps produced) toward decision-relevant knowledge and continental leadership.

Old challenges, still relevant

The six implementation constraints echo long-standing concerns, particularly documentation access — a challenge shared across regions; the post credits Morocco’s contribution to Arabic translation of IGIF documentation within UN-GGIM: Arab States.

A busy calendar to 2027

Twelfth UN-GGIM: Africa session (Addis Ababa, Oct. 2026, theme « Seeing Africa Clearly »); third UNWGIC (Nov. 2026); a governance framework with ministerial engagement (Dec. 2026); the African Union Heads of State Summit (Feb. 2027); an African Geospatial Summit (Apr. 2027); thirteenth session in Tunis (Oct. 2027).

Closing note — communication

The post ends by calling for outreach beyond the geospatial community itself, reaching all development stakeholders at country and (sub-)regional level — citing a recent ASLI-organized webinar as a model.

A propos Mohamed Timoulali

Consultant
Lien pour marque-pages : Permaliens.

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