
Notre précédent article présentait l’offre géospatiale marocaine telle qu’elle s’est exprimée aux Journées foncières d’Abidjan (JFA, 5-7 octobre 2026).
Ce billet synthétise les enseignements de ces trois jours au sujet de la sécurisation et de la gouvernance du foncier en Afrique.
Un constat partagé : le foncier fondement de la durabilité
À la clôture, le message est le même chez tous les intervenants : le foncier touche à la paix sociale, à la cohésion des communautés et à l’investissement. Le thème de l’édition le disait déjà : la sécurisation foncière comme facteur de cohésion sociale et levier de l’investissement productif, de l’emploi et du développement durable.

La Côte d’Ivoire : passer à l’échelle
Le ministre Bruno Nabagné Koné a présenté un bilan que l’on peut résumer ainsi :
- plus de 5 700 villages délimités et bornés ;
- plus de 68 000 certificats fonciers, contre moins de 6 000 entre 1998 et 2018 ;
- plus de 86 000 contrats agraires signés ;
- une baisse annoncée de 80 % des conflits fonciers (donnée officielle, non vérifiée de manière indépendante).
L’enjeu est maintenant d’un autre ordre : environ 1,5 million de certificats sur 9 millions d’hectares, parmi les 23 millions du domaine rural, en dix ans. Cette ambition suppose cartographie, données fiables et capacités d’exécution à grande échelle, c’est-à-dire exactement le terrain où opèrent les acteurs géospatiaux.
Le Sénégal : une approche intégrée
Pays à l’honneur, le Sénégal a replacé le foncier dans son Agenda 2050 et présenté les acquis du PROCASEF : cartographie des parcelles, NICAD, 128 bureaux fonciers, accompagnement des collectivités et système d’information foncière communale (SIFCOM). Sa leçon : la sécurisation ne se réduit pas à produire des titres. Elle repose sur la connaissance précise du territoire, des données fiables, des outils numériques et des services de proximité.
La Mauritanie : unifier la gouvernance
Le ministre Mamoudou Mamadou Niang a pointé le coût d’une gestion foncière éclatée entre plusieurs ministères. Il plaide pour une gouvernance unifiée, un cadre légal clair et la concertation, et fait de la coopération Sud-Sud un outil pour bâtir des cadres transparents, attractifs pour l’investissement.

Ce que les JFA recommandent
- Réunir cinq prérequis avant toute massification : institutionnels, juridiques, technologiques, humains et méthodologiques.
- Placer la qualité de l’information foncière au centre des approches.
- Inclure les femmes et les groupes vulnérables.
- Privilégier le dialogue et la médiation dans les litiges.
- Assurer un financement durable et associer société civile et secteur privé.

Enseignements pour la coopération géospatiale
- La demande est systémique. Les pays ne cherchent pas seulement des prestations cartographiques, mais un accompagnement sur le cadre juridique, les institutions, les compétences et les outils avec l’alignement secteur public / secteur privé / formation.
- Les cadres de référence ont un débouché concret. UN-IGIF et FELA offrent un langage commun aux cinq prérequis identifiés à Abidjan.
- La qualité des données est l’argument central. Fait référence à l’expertise géodésique, cadastrale et topographique
- L’inclusion et le financement sont des critères de réussite, pas des options.
- La dynamique est régionale. L’idée de « Journées foncières africaines », avec le Sénégal comme possible prochain hôte, ouvre un rendez-vous continental périodique à confirmer.

En conclusion
Les JFA ont posé les bases d’une réflexion collective. Le défi est désormais la mise en œuvre : transformer les recommandations en réformes, en dispositifs opérationnels et en résultats mesurables.
Références

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What the Abidjan Land Days 2026 Recommended
The first edition of the Abidjan Land Days (JFA 2026, 5-7 October) closed with a shared conclusion: land tenure security is not only a technical task. It underpins social peace, community cohesion and productive investment.
Three country experiences
- Côte d’Ivoire: scaling up. The Minister of Agriculture reported over 5,700 villages delimited, over 68,000 land certificates (against fewer than 6,000 between 1998 and 2018) and over 86,000 agrarian contracts. An 80% drop in land conflicts was announced; this is an official figure, not independently verified. The next goal is about 1.5 million certificates covering 9 million of the 23 million hectares of rural domain within ten years.
- Senegal (guest of honour): an integrated approach. Land is anchored in the Senegal 2050 agenda. PROCASEF’s results include parcel mapping, NICAD identifiers, 128 land offices and the SIFCOM communal land information system. The lesson: security is more than issuing titles. It rests on knowing the territory, reliable data, digital tools and local services.
- Mauritania: unified governance. Land management split across several ministries undermines public policy. The minister called for unified governance, a clear legal framework, dialogue and South-South cooperation.
What the JFA recommend
- Meet five prerequisites before scaling up: institutional, legal, technological, human and methodological.
- Put the quality of land information at the centre.
- Include women and vulnerable groups.
- Favour dialogue and mediation in disputes.
- Secure sustainable financing and involve civil society and the private sector.
Implications for the geospatial cooperation
- Demand is systemic. Countries want support on legal frameworks, institutions, skills and tools, not mapping services alone.
- UN-IGIF and FELA give a common language for the five prerequisites.
- Data quality is the central argument, where geodetic, cadastral and surveying expertise is most credible.
- Inclusion and financing are success criteria, not options.
- The dynamic is regional. A possible « African Land Days », perhaps hosted by Senegal, would be a continental platform. Nothing is confirmed yet.
Conclusion
The JFA laid the groundwork for a collective reflection. The challenge now is implementation: turning recommendations into reforms, operational tools and measurable results.
