Souveraineté économique, numérique et statistiques – le triptyque de la transformation africaine

Le 2 octobre 2026, à Casablanca, la deuxième édition du Casablanca Business Forum (CBF2026) a martelé un message clair : dans un monde en pleine recomposition géopolitique, technologique et climatique, l’Afrique est appelée à renforcer d’urgence sa souveraineté économique et numérique.

Trois semaines plus tard, du 19 au 23 octobre à Addis-Abeba, la 10e session de la Commission africaine de statistique (StatCom-Africa) et la 12e réunion d’UN-GGIM: Africa se tiennent sous un thème qui prolonge directement cette ambition : « Unleashing the value of data in Africa: making official statistics a true mirror of the continent ».

Ces deux rendez-vous ne sont pas juxtaposés. Ils forment un continuum stratégique.

CBF 2026 : la souveraineté élargie comme impératif

Lors du panel « Recomposition mondiale : quels leviers de souveraineté et de croissance pour l’Afrique ? », les intervenants ont insisté sur trois exigences :

  • Diversifier les partenariats pour réduire les dépendances industrielles et technologiques ;
  • Développer des capacités propres (infrastructures, technologies, chaînes de valeur) ;
  • Maîtriser ses données, ses talents et ses infrastructures numériques.

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique, a défini la nouvelle souveraineté : elle ne se limite plus au territoire.

Elle englobe désormais pleinement la souveraineté numérique, fondée sur trois piliers – infrastructures, capacité de calcul (compute) et réglementation.

Face à l’avance américaine et chinoise en intelligence artificielle, l’Afrique dispose d’un potentiel réel pour développer des modèles et algorithmes adaptés à ses besoins, à condition de maîtriser ces leviers.

Amina Benkhadra (ONHYM) a rappelé que le continent est au cœur des enjeux énergétiques et miniers.

Le Gazoduc Africain-Atlantique illustre cette volonté de connecter les zones productrices, de créer des marchés régionaux et de transformer les ressources en valeur ajoutée locale.

Patrick Dupoux (BCG) a même évoqué une « coprotection » Europe-Afrique dans les secteurs manufacturier et numérique pour réduire les dépendances stratégiques communes.

Le diagnostic de Chakib Benmoussa : sans données fiables, pas de souveraineté

Dans le même forum, Chakib Benmoussa, Haut-Commissaire au Plan, a ancré cette souveraineté dans un fondement trop souvent négligé : les systèmes statistiques.
Il a dressé un diagnostic précis :

  • Écarts de capacités ;
  • Irrégularité des données ;
  • Hétérogénéité des méthodologies ;
  • Coordination insuffisante entre acteurs nationaux.

Sans statistiques harmonisées, ouvertes et interopérables, impossible de piloter les politiques publiques, de mesurer le bien-être réel, de réduire les inégalités territoriales ou de bâtir la confiance des citoyens et des investisseurs.

L’architecture continentale existe (Charte africaine de la statistique, STATAFRIC…), mais son opérationnalisation reste inachevée. « Ce n’est que par l’intégration que l’Afrique pourra réaliser sa transformation », a-t-il martelé – et cette intégration commence par la capacité collective à se connaître soi-même.

UN-GGIM: Africa 12 et l’ancrage du geospatial

La 10e StatCom-Africa et la 12e UN-GGIM: Africa offrent précisément le cadre pour transformer ce diagnostic en action.
Le thème retenu – faire des statistiques officielles un « vrai miroir » du continent – répond point par point aux exigences formulées à Casablanca :

  • Moderniser les systèmes statistiques nationaux pour produire les données nécessaires à l’intégration continentale (ZLECAf) et aux Agendas 2030 et 2063 ;
  • Intégrer statistiques et information géospatiale (session conjointe avec UN-GGIM: Africa) afin de mieux saisir les réalités territoriales ;
  • Renforcer l’harmonisation, l’ouverture et l’interopérabilité des données – condition sine qua non de la souveraineté numérique et de la confiance.

Conclusion : un continuum stratégique

Le CBF2026 a posé le pourquoi : sans souveraineté économique et numérique, l’Afrique restera spectatrice des recompositions mondiales.
Benmoussa a rappelé le comment fondamental : cette souveraineté repose sur des données fiables, harmonisées et actionnables.
Addis-Abeba doit maintenant livrer le quoi et le quand : décisions concrètes, standards communs, renforcement des capacités et appropriation nationale.

Si les conclusions de StatCom-Africa 10 et d’UN-GGIM: Africa 12 parviennent à faire des statistiques un véritable instrument de souveraineté et d’intégration, alors le « Next Economic Chapter » annoncé à Casablanca aura trouvé son premier chapitre opérationnel.
Car la souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit, d’abord, par la connaissance de soi, la coopération et l’échange d’expériences et l’implication de toutes les parties prenantes dont les secteurs privés et académiques.

Chris Isseri et Amal Layachi ( CRTS) présents à Africa Space Expo 2026 https://www.facebook.com/share/p/1LomWZ22Fe/

https://www.mapnews.ma/fr/actualites/economie/l%E2%80%99int%C3%A9gration-africaine-une-urgence-pour-acc%C3%A9l%C3%A9rer-la-transformation-du

https://www.mapnews.ma/fr/actualites/economie/casablanca-business-forum-2026-lafrique-appel%C3%A9e-%C3%A0-renforcer-sa-souverainet%C3%A9

https://lematin.ma/economie/chakib-benmoussa-lintegration-une-urgence-pour-lafrique/368292

Kamal Ben Addou Idrissi DG d’ETAFAT aux Open days 2026 Abidjan

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Economic, Digital and Statistical Sovereignty – The Triptych of African Transformation

On 2 October 2026, the second Casablanca Business Forum (CBF2026) stressed the urgent need for Africa to strengthen its economic and digital sovereignty amid global geopolitical, technological and climate shifts.

Panelists outlined three priorities: diversifying partnerships to reduce industrial and technological dependence; building domestic capacities in infrastructure, technology and value chains; and mastering data, talent and digital infrastructure.

Moroccan Digital Transition Minister Amal El Fallah Seghrouchni framed modern sovereignty as extending beyond territory to include digital sovereignty, resting on three pillars: infrastructure, computing capacity (compute), and regulation. She noted Africa’s potential to develop AI models suited to its needs, provided it controls these levers. Other speakers highlighted energy and mining resources (e.g., the African-Atlantic Gas Pipeline) and the idea of Europe–Africa “co-protection” in manufacturing and digital sectors.

Haut-Commissaire au Plan Chakib Benmoussa anchored this sovereignty in a frequently overlooked foundation: reliable statistical systems.

He diagnosed capacity gaps, irregular data production, methodological heterogeneity and weak coordination. Without harmonised, open and interoperable statistics, public policy cannot be steered, real well-being measured, territorial inequalities reduced, or trust from citizens and investors built.

Existing continental frameworks (African Charter on Statistics, STATAFRIC, etc.) remain incompletely operationalised. Integration, he argued, begins with the collective ability to know oneself.

This diagnosis is directly addressed by the 10th session of the African Statistical Commission (StatCom-Africa) and the 12th meeting of UN-GGIM: Africa, held 19–23 October 2026 in Addis Ababa under the theme “Unleashing the value of data in Africa: making official statistics a true mirror of the continent.”

The meetings aim to modernise national statistical systems for continental integration (AfCFTA) and Agendas 2030/2063; integrate official statistics with geospatial information; and strengthen data harmonisation, openness and interoperability—essential conditions for digital sovereignty and trust.

Conclusion

CBF2026 stated the why (sovereignty is indispensable if Africa is not to remain a spectator of global recompositions). Benmoussa supplied the fundamental how (sovereignty rests on reliable, actionable data). Addis Ababa must now deliver the what and when—concrete decisions, common standards, capacity-building and national ownership. Sovereignty is not decreed; it is built through self-knowledge, cooperation, experience-sharing and the involvement of all stakeholders, including the private and academic sectors.

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A propos Mohamed Timoulali

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