
Dans la foulée de la 58ème Session de la Conférence des Ministres de la CEA (CoM 58) à Tanger en avril 2026, l’Afrique a réaffirmé sa volonté de faire de la souveraineté de ses données et de ses infrastructures numériques le moteur de sa transformation structurelle.
Un jalon législatif majeur vient d’être franchi au Maroc en juillet 2026, avec l’adoption par le Parlement des projets de loi n° 046.26 et n° 047.26 réformant le Système Statistique National et le Haut-Commissariat au Plan (HCP) .
Cette double réforme illustre concrètement comment un État africain peut opérationnaliser la souveraineté des données pour éclairer les politiques publiques.
Une réforme historique pour des données souveraines et de confiance
Le Projet de loi n° 046.26 modernise le cadre du Système Statistique National, encadre la collecte, le traitement et la diffusion des données, et crée un Conseil national de l’information statistique (CNIS) garant de la qualité, de la transparence et de la déontologie.

https://www.sgg.gov.ma/Portals/1/PL/Projet_loi_046.26.pdf
Le Projet de loi n° 047.26 transforme le HCP en instance constitutionnelle de bonne gouvernance, dotée de la personnalité morale et d’une pleine autonomie administrative et financière. Cette indépendance renforce son impartialité et sa capacité à piloter le Nouveau Modèle de Développement (NMD).

https://www.sgg.gov.ma/Portals/1/PL/Projet_loi_047.26.pdf
Deux textes, une architecture encore inachevée
Le HCP se structure désormais en deux pôles (production/diffusion statistique et coordination stratégique des politiques), chacun protégé par une forme d’indépendance.
Le CNIS dispose de pouvoirs de régulation forts (normes, visa statistique, accréditation, évaluation). L’ensemble respecte les principes fondamentaux des statistiques officielles de l’ONU.
Cependant, un angle mort notable persiste : aucune des deux lois ne mentionne explicitement la dimension géospatiale ni n’institue de mécanisme de coordination avec l’ANCFCC (le SI-CAD-ECO ou un futur NSDI) et le Centre Royal de Télédétection Spatiale (CRTS).
L’article 4 du PL 047.26 évoque bien la « dimension régionale et territoriale », et le PL 046.26 cite les registres administratifs, mais le lien institutionnel entre référentiel spatial et statistique reste à formaliser.
Ce constat est d’autant plus significatif que les données statistiques (recensements, comptes régionaux, indicateurs territoriaux) sont intrinsèquement localisées. Le HCP l’a d’ailleurs démontré lors du RGPH 2024.

Ninth Meeting of Statistical Commission for Africa STATCOM IX (30 October-1 November 2024)
https://www.flickr.com/photos/uneca/54103474547/in/album-72177720321586430
Un agenda mondial et continental qui pousse à l’intégration
La 12ème session du Comité régional UN-GGIM: Africa (Addis-Abeba, 19-23 octobre 2026), co-localisée avec la 10ème session de StatCom-Afrique et le FASDEV, porte un thème éloquent : renforcer la collaboration entre communautés géospatiale et statistique. Cela s’inscrit pleinement dans le Global Statistical Geospatial Framework (GSGF – 2e édition récemment endossée), dont le rapport du Expert Group on the Integration of Statistical and Geospatial Information (E/C.20/2026/12/Add.1, juillet 2026) souligne l’urgence de l’opérationnalisation au niveau national.
Le Maroc y sera représenté par le HCP (FASDEV/StatCom) et l’ANCFCC (président du bureau UN-GGIM: Africa). Une position coordonnée sur l’intégration statistique-géospatiale serait un signal fort de cohérence.
Une question de gouvernance nationale de la donnée
Deux chantiers avancent en parallèle : la réforme statistique (HCP/CNIS) et la stratégie géospatiale (ANCFCC, NSDI en préparation). Ce déphasage contraste avec le leadership international du Maroc au sein de UN-GGIM: Africa et UN-GGIM: Arab States.
Au-delà du cas marocain, cette séquence illustre une tension commune à de nombreux pays africains : modernisation statistique et gouvernance géospatiale progressent rarement au même rythme, alors que les agendas SDG, Agenda 2063 et GSGF exigent leur convergence.
Avec ses textes récents, la nomination récente à l’ANCFCC de la directrice de la Direction de la Cartographie, et l’échéance d’octobre 2026, le Maroc dispose d’une fenêtre unique pour démontrer une trajectoire différente et rejoindre les pays africains les plus avancés sur ce sujet.

L’ANCFCC et le HCP à la STATCOM IX
https://www.flickr.com/photos/uneca/54104370061/in/album-72177720321586430
Références
Committee of Experts on Global Geospatial Information Management; Sixteenth session New York, 5–7 August 2026; Item 11 of the provisional agenda Integration of geospatial, statistical and other related information: https://www.un.org/globalgeospatial/sites/default/files/2026-07/E-C20-2026-12-Add1-sixteenth-session-integration-geospatial-statstical-other-related-information.pdf
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Reform of Morocco’s High Commission for Planning (HCP): What About the Integration of Statistical and Geospatial Information?
Morocco’s High Commission for Planning (HCP) is undergoing a significant reform aimed at modernizing the national statistical system.
Challenges remain, including Statistical and Geospatial information integration, data interoperability, but the move represents a major step toward evidence-based governance in the era of big data and spatial intelligence.
This integration promises to bridge traditional statistics with geospatial Data, facilitating advanced analysis such as territorial disparities, resource mapping, and real-time monitoring of sustainable development goals. The reform aligns with international standards (e.g., UN Fundamental Principles of Official Statistics) and supports Morocco’s digital transformation strategy.
