
Proposition d’un cadre harmonisé de mesure du développement géospatial en Afrique – S’appuyer sur l’expérience historique de la CEA (Scan-ICT, indicateurs TIC et e-Gov) pour élaborer l’African Geospatial Development Index (GDI) en appui à la mise en œuvre de l’UN-IGIF.
Ceci en référence à la recommandation de la 11e session de UN-GGIM: Africa (Accra, novembre 2025).
« Le Conseil exécutif devrait veiller à ce que la finalisation et le lancement à l’échelle continentale d’un indice africain de développement géospatial qui servirait d’outil de référence permettent d’établir un classement et un profilage transparents des membres de la CEA, offrant ainsi un cadre mesurable pour suivre les progrès et orienter les investissements stratégiques. »
1. L’expérience de la CEA en matière de mesure des TIC et de l’e-Gouvernement
- Scan-ICT, lancé en 2001 avec des pays pilotes dont le Maroc, a constitué le premier exercice systématique d’évaluation de la société de l’information en Afrique.
- Ce projet a permis à la CEA d’adapter les indicateurs du Partnership on Measuring ICT for Development au contexte africain, de collecter des données sur l’infrastructure, l’usage et l’impact socio-économique des TIC, et d’appuyer l’élaboration des stratégies NICI (National Information and Communication Infrastructure).
- La CEA a ensuite étendu cette expertise au domaine de l’e-Gouvernement en animant le Task Group on e-Government du Partnership. Elle a élaboré un cadre d’indicateurs core e-gov et un manuel méthodologique adaptés aux pays africains, complétant ainsi l’EGDI de l’UN DESA avec une dimension plus opérationnelle et statistique.
Ces travaux ont démontré la capacité de la CEA à produire des indicateurs harmonisés, actionnables et comparables, tout en comblant les lacunes statistiques des pays en développement.

Formation sur la mesure de l’économie de l’information organisé conjointement par le CNUCED et la CEA avec l’appui du bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique du Nord Rabat, INPT Rabat 7-11 Décembre 2009


Formation sur la mesure de l’accès et de l’utilisation des TIC par les ménages et les entreprises, organisée par la CEA, UIT, CNUCED, 11-22 octobre 2010 Addis Abeba Ethiopie
2. Le besoin de mesurer le développement du Géospatial
Aujourd’hui, les indicateurs TIC, économie numérique et e-Gov restent largement aspatiaux. Ils mesurent « combien » de progrès, mais peinent à répondre à la question essentielle : où et pour qui ces avancées profitent-elles réellement ?
Les inégalités territoriales, les écarts de connectivité rurale/urbaine, la localisation des services publics numériques et l’impact spatial de l’économie numérique nécessitent une intégration forte de l’information géospatiale et des systèmes d’information géographique (SIG).
Le GKI Readiness Index, bien qu’utile comme benchmark international, présente une couverture africaine encore très limitée.
La recommandation de la 11e session de UN-GGIM: Africa à Accra offre une opportunité historique de combler ce déficit en finalisant et en lançant à l’échelle continentale l’African Geospatial Development Index (GDI), outil de référence pour un classement et un profilage transparents des États membres de la CEA.

J’ai consacré le chapitre 6 du livre ‘Utilizing décisions support systems for strategic public policy planning’ aux indicateurs géospatiaux, notamment en relation avec l’évaluation et suivi des Infrastructures Nationales de données Géospatiales (NSDI).
Le NSDI implementation Assessment Framework for Africa développé par la CEA a été présenté dans ce chapitre.
3. Positionnement unique de la CEA
La CEA est naturellement légitime pour porter ce travail de synthèse et d’extension :
- Elle assure le secrétariat technique de UN-GGIM: Africa.
- Elle a conduit de nombreuses enquêtes et évaluations sur la maturité des NSDI (National Spatial Data Infrastructure) en Afrique.
- Son expertise historique en Scan-ICT et en indicateurs e-Gov peut évoluer naturellement vers un Geo-Scan-ICT ou un module « Geospatial-Enhanced ICT & Digital Economy » intégré au GDI.
Cette continuité permettrait d’éviter la création de silos et de transformer les indicateurs existants en outils territorialisés, plus pertinents pour le suivi des ODD, de l’Agenda 2063 et des politiques nationales de transformation numérique
4. Complémentarité avec d’autres indices
Le GKI Readiness Index (Geospatial Knowledge Infrastructure Readiness Index) constitue un excellent benchmark international. Cependant comme déjà signalé ci-haut, sa couverture africaine reste limitée (seuls quelques pays y figurent, dont le Maroc classé 63e sur 75 en 2025).
L’African GDI promu à Accra offre l’avantage d’une ambition continentale large et d’un ancrage institutionnel fort au sein de UN-GGIM: Africa et de la CEA.
Une approche hybride est donc recommandée :
- Niveau continental : African GDI comme indice de référence principal.
- Niveau international : Utilisation du GKI pour identifier les bonnes pratiques mondiales, en attendant un Index à couverture géographique plus large et adopté à l’échelle internationale.
- Niveau sectoriel : Enrichissement des indicateurs du Partnership (TIC / e-Gov) par des variables géospatiales issues des NSDI et de l’UN-IGIF.

Comparaison à partir d’une simulation par l’auteur de l’IGIF baseline assessment du Maroc
5. Propositions d’actions concrètes
Sous la présidence marocaine de UN-GGIM: Africa, je propose que le Bureau Exécutif et le Secrétariat envisagent les pistes suivantes :
- Lancement d’un groupe de travail ou d’un module dédié : « Intégration de la dimension Géospatiale aux indicateurs TIC, économie numérique et e-Gov dans le cadre géospatial africain ».
- Réalisation d’une enquête panafricaine 2026-2027 sur la maturité géospatiale, intégrant des questions sur l’usage géospatial dans les TIC et les services e-gov (extension des travaux NSDI existants).
- Développement d’un cadre de mesure intégré aligné sur l’UN-IGIF, le GSGF et les recommandations d’Accra, avec des sous-indicateurs territorialisés.
- Capitalisation des expériences africaines : Pays disposant d’avancées notables en e-gouvernement et stratégie numérique, pourrait servir de cas d’étude ou de pilote pour l’intégration géospatiale.
- Renforcement des partenariats internationaux: IUT, CNUCED, UN DESA (EGDI), Geospatial World (GKI), AFRIGIST, RCMRD et autres institutions africaines.
Cette initiative permettrait à l’Afrique de disposer d’un système de mesure holistique : non seulement « combien » de progrès numérique, mais où et avec quelle maturité géospatiale ces progrès se traduisent sur le territoire, au service d’une inclusion spatiale effective et d’une prise de décision fondée sur des preuves.

Références
https://fr.slideshare.net/slideshow/developing-indicators-in-africa-the-scan-ict-project/279641821
https://www.slideserve.com/tybalt/scan-ict-phase-ii-port-louis-mauritius-23-january-2006
https://www.itu.int/ITU-D/ict/botswana04/doc/doc/33_eca_e.pdf
https://www.itu.int/en/ITU-D/Statistics/Pages/intlcoop/partnership/default.aspx
https://unstats.un.org/unsd/economic_stat/ICT-Korea/Documents/6.2_Faye_ECA.pdf
http://Info_note_F.pdf https://share.google/tMpwwaMWlmridRCRr
http://review-of-the-status-of-nsdi.pdf https://share.google/tmxyRpYvaFoU2LZzd
