Janvier-février 2026 : plus de 110 000 ha submergés dans le Gharb, 188 000 personnes évacuées préventivement, zéro perte humaine. La Stratégie Nationale de Gestion des Risques des Catastrophes Naturelles (SNGRCN) 2020-2030 a prouvé avec succès sa pertinence.
Mais au-delà de la réponse d’urgence, cet épisode révèle surtout la maturité d’un écosystème marocain qui s’inscrit désormais pleinement dans les agendas continental (Union Africaine), global (UN-GGIM) et professionnel (FIG Climate Compass Task Force 2023-2026).

Intempéries et inondations
Les récentes intempéries et inondations de l’hiver 2026 dans le nord-ouest du Maroc, notamment dans le Gharb et le Loukkos, ont été un véritable test pour la Stratégie Nationale de Gestion des Risques des Catastrophes Naturelles (SNGRCN) 2020-2030.

Ce que l’on a observé
Activation rapide des dispositifs d’urgence : Les autorités ont mobilisé des plans d’évacuation et des secours, ce qui correspond à l’esprit de la stratégie.
Plan national de protection contre les inondations : Le ministère de l’Équipement et de l’Eau a rappelé l’importance des ouvrages hydrauliques et des plans de prévention, confirmant que la SNGRCN sert de cadre directeur.
Gestion proactive : Le gouvernement a insisté sur la nécessité de renforcer la prévention et la planification, en cohérence avec les objectifs de la stratégie.
Aide massive aux sinistrés : Un programme exceptionnel de 3 milliards de dirhams a été lancé pour reloger, soutenir et réhabiliter les zones touchées, ce qui illustre une réponse sociale et économique intégrée.
La stratégie nationale de la gestion des risques des catastrophes naturelles

Adoptée en 2020, la stratégie marocaine repose sur trois piliers :
- connaissance des risques (cartes d’aléas, modèle (Morocco Natural Hazards Probabilistic Risk Assessment : MnhPRA) ;
- prévention et résilience (digues, drainage, urbanisme adapté) ;
- préparation-réponse-relèvement (Vigirisque Inondations pilote dans le Gharb).
La SNGRCN à l’épreuve du réel
Les inondations de 2026 ont démontré l’efficacité du pilier « réponse » (évacuations massives, mobilisation , aide de 3 milliards DH sans appel à l’aide internationale). Elles soulignent aussi les chantiers restant : accélération des investissements structurels et meilleure intégration de l’assurance multirisque.
https://aujourdhui.ma/actualite/face-aux-risques-naturels-quelles-strategies-pour-le-maroc
La SNGRCN a montré son utilité comme cadre de référence et comme levier de mobilisation (alerte, secours, aide sociale).
Reste à procéder aux évaluations globales post crise, en vue d’apporter les ajustements nécessaires à tous les niveaux.
Ancrage continental : alignement parfait avec l’ARSDRR de l’Union Africaine

La SNGRCN est la déclinaison nationale du Programme d’Action de la Stratégie Régionale Africaine pour la Réduction des Risques de Catastrophes (ARSDRR 2015-2030). Le Maroc y apporte son expertise en alerte précoce et relèvement « self-managed », tout en participant activement aux Plateformes Régionales Africaines. Le Gharb devient ainsi un cas d’étude : gestion transfrontalière des bassins (Sebou-Loukkos) et résilience agricole face au climat.
L’information géospatiale comme socle technique
Niveau UNGGIM
L’UN-GGIM et son cadre IGIF fournissent les standards pour:
- cartographie des aléas ;
- intégration statistiques/catastrophes ;
- Strategic Framework for Geospatial Information in Disaster Risk Management (aligné Sendai).
La réunion de l’expanded Bureau 10 Feb. 2026 à Vienne a comporté la discussion du point à l’ordre du jour : »Preparation of a comprehensive holistic report, including a workplan, on climate, environment and (disaster) resilience for the sixteenth session ».
Il en ressort :

La présentation de la Serbie à la joint session de Vienne fournit un exemple d’intégration IGIF – Risques – Climat.

https://ggim.un.org/meetings/2026/Vienna/documents/SER_IGIF.pdf

https://ggim.un.org/UNGGIM-wg5
https://ggim.un.org/meetings/2026/Vienna/#materials
Niveau régional
La 10 ieme réunion de UN-GGIM: Africa tenue 28 octobre – 1 novembre 2024 à Addis Abeba était sous le thème avec le Fourth Global Expert Forum for Producers and Users of Disaster Related Statistics.

https://www.uneca.org/eca-events/un-ggim-africa-2024

Une pièce maîtresse professionnelle : le Climate Compass Task Force de la FIG (2023-2026)
La Fédération Internationale des Géomètres (FIG) a lancé en 2023 le Climate Compass Task Force (« Boussole Climatique ») pour « permettre à tous les géomètres de comprendre, articuler et déployer leur expertise face aux défis climatiques ».
Objectifs clés (rapports annuels 2023-2024 et 2024-2025) :
- cartographier l’ensemble des travaux « climat » au sein des 10 commissions FIG ;
- organiser des séminaires globaux interactifs (3 sessions virtuelles février 2024, ateliers à la FIG Working Week 2024) ;
- renforcer le leadership des Young Surveyors ;
- produire un « Call to Climate Action » pour la communauté des géomètres.
Thèmes directement utiles au Maroc :
- surveying for land & water resilience (gestion des drains et oueds) ;
- marine & coastal surveying (risques littoraux) ;
- utilisation de solutions geospatiales pour suivre les impacts environnementaux (inondations, érosion, agriculture) ;
- rôle des géomètres dans l’adaptation et la réduction des risques (exactement les piliers 1 et 2 de la SNGRCN).
la récente publication de la FIG ‘Surveying for Climate Resilience: Practical Climate Actions, spanning land, water, and marine surveying’, qui couvre les levés terrestres, aquatiques et maritimes, souligne le rôle essentiel des géomètres professionnels dans le renforcement de la résilience climatique.
Fruit des travaux du Groupe de travail « Boussole climatique » de la FIG (2023-2026), cette publication propose des stratégies pratiques et des exemples concrets pour soutenir l’adaptation au changement climatique, l’atténuation de ses effets et la résilience aux catastrophes aux niveaux national et local. Avec ses 16 actions climatiques prioritaires, cette publication constitue une étape importante pour la FIG.
Overall findings: Surveyors undertake many critical climate actions, often involving multiple stakeholders. While governments play the leading role, the private sector, academia, national and international institutions, training institutions and those industries building new geospatial data, analytical methods and tools, are also key to surveying for climate resilience. Climate action involves technology, governance and people,which in the climate context also means safeguarding people’s land rights and livelihoods

https://www.fig.net/resources/publications/figpub/pub85/figpub85.asp
Conclusion & perspectives
La gestion des inondations de 2026au Maroc n’est plus seulement une réussite nationale : elle incarne désormais une chaîne de valeur géospatiale intégrée, allant du douar submergé jusqu’à la salle de crise du ministère de l’Intérieur.
Le Maroc ne se limite plus à subir le climat : il le cartographie, le modélise et, grâce aux alliances entre équipes multidisciplinaires d’ingénieurs, géomètres, geomaticiens, scientifiques , institutions et solutions numériques, il commence à en maîtriser les effets.
Cette expérience démontre que la SNGRCN 2020-2030, articulée avec des outils comme le Climate Compass, permet aux professionnels de terrain de traduire les cadres internationaux (Sendai, UA, UN-GGIM) en actions concrètes pour l’adaptation et la réduction des risques.
Au-delà des frontières, cette approche positionne le Maroc comme une bonne pratique africaine de gouvernance géospatiale des risques et catastrophes, capable d’inspirer d’autres pays dans le cadre de l’Agenda 2063 et des Objectifs de Développement Durable.
Morocco’s Disaster Risk Strategy at the Test of Floods
The National Strategy for Disaster Risk Management (SNGRCN 2020?2030) has faced a real?world trial during the 2026 floods in the Gharb region.
- Framework relevance: The SNGRCN provided a national reference for mobilizing institutions, coordinating emergency responses, and launching social support programs.
- Geospatial value chain: From submerged villages to crisis rooms, geospatial tools (marine & coastal surveying, environmental monitoring, agricultural impact tracking) demonstrated their role in adaptation and risk reduction.
- Role of surveyors: Land surveyors and geomatics engineers translated global frameworks (Sendai, AU, UN-GGIM) into local action, embodying the first two pillars of the SNGRCN.
- Climate Compass: More than another strategy, it acts as a common compass for professionals, aligning national resilience with international agendas.
Conclusion & Outlook
The 2026 floods show that Morocco no longer merely suffers climate impacts: it maps, models, and begins to master them. This geospatial governance chain positions Morocco as a continental best practices for Disaster Risk Management contributing to Agenda 2063 and the SDGs.
