
Du 5 au 7 août 2026, la seizième session du Comité d’experts des Nations Unies sur la gestion de l’information géospatiale mondiale (UN-GGIM) réunira au siège des Nations Unies, à New York, les autorités géospatiales nationales du monde entier.
Parmi les vingt points inscrits à l’ordre du jour, le point 6 — « The future geospatial information ecosystem » — cristallise depuis plusieurs sessions une réflexion stratégique sur la manière dont l’information géospatiale devra évoluer face à l’intelligence artificielle, aux jumeaux numériques et aux infrastructures en nuage.
Cette année, l’Afrique n’y arrive pas en simple observatrice. Elle y arrive avec une voix construite, des cas d’usage documentés et une continuité institutionnelle qui, de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) aux agences nationales telles celles du Maroc, du Cameroun et d’Afrique du Sud, dessine une position africaine cohérente sur l’avenir de la géospatiale.
Une continuité institutionnelle
Le fil rouge de cette dynamique porte un nom : M. Clinton Heimann, d’Afrique du Sud, co-convocateur de l’équipe de rédaction sur le futur écosystème géospatial depuis la 15e session.
À ses côtés, le Cameroun occupe une place tout aussi structurante à travers M. Fernand Guy Isseri, co-président du Groupe de haut niveau sur le Cadre intégré d’information géospatiale des Nations Unies (UN-IGIF) — l’instrument même à travers lequel les États membres sont appelés à opérationnaliser leur transformation géospatiale.
La Côte d’Ivoire complète ce triptyque de leadership africain :M. Fernand Balé y occupe une position clé au niveau mondial en tant que Co-président du Sous-comité de géodésie de l’UN-GGIM, l’instance qui pilote les travaux sur le cadre géodésique de référence mondial et qui travaille en lien direct avec le Centre géodésique mondial des Nations Unies (UN-GGCE) évoqué plus loin dans ce billet.
Cette présence continue dans les instances de gouvernance de l’UN-GGIM n’est pas anecdotique : elle signifie que l’Afrique participe à la définition des règles du jeu, et non seulement à leur application.

Le Maroc pose les termes du débat sur l’IA géospatiale
Dans sa contribution au point 6 de la 16e session, l’Agence Nationale de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie (ANCFCC) — représentée par Kamal Outghouliast — soumet un document qui mérite l’attention : « Artificial Intelligence and the Future Geospatial Information Ecosystem: Building Trust, Governance and Readiness in an Autonomous Digital Future ».
La thèse est claire : l’intelligence artificielle, le machine learning génératif, les jumeaux numériques et les systèmes autonomes ne sont pas de simples outils supplémentaires pour les agences géospatiales nationales — ils transforment leur mission même.
Le document plaide pour que ces agences évoluent d’un rôle de producteurs de données vers celui de gardiens d’une information géospatiale de confiance, dans un environnement numérique de plus en plus automatisé. Il insiste sur cinq axes : la coopération numérique, la gouvernance anticipative, la confiance, les droits humains et l’éthique.
C’est une prise de position stratégique : plutôt que de subir la transformation par l’IA, le Maroc propose d’en écrire les principes de gouvernance, en s’appuyant sur le Cadre stratégique UN-GGIM 2025-2030 et sur l’IGIF comme mécanismes d’ancrage.

La CEA transforme la recherche en politique publique
En parallèle des contributions officielles, la Commission économique pour l’Afrique a organisé une réunion de dialogue politique et programmatique donnant la parole à ses ECA Fellows, dont les travaux portent précisément sur la gouvernance numérique, les technologies géospatiales et l’analytique avancée au service de politiques fondées sur la preuve.
Deux présentations illustrent la diversité des cas d’usage africains : l’une sur la gouvernance de l’écosystème numérique et l’alignement des politiques régionales en Afrique du Nord — en résonance directe avec la contribution marocaine — l’autre sur l’usage des satellite embeddings et du machine learning pour la cartographie des cultures et la planification de la sécurité alimentaire dans l’agriculture familiale éthiopienne.

Ce doublet est révélateur : l’Afrique ne se contente pas de débattre de gouvernance en abstrait. Elle produit simultanément la recherche appliquée — cartographie agricole par IA en Éthiopie — et le cadre de gouvernance qui doit l’encadrer — Afrique du Nord et Maroc. C’est cette articulation entre recherche de terrain et positionnement institutionnel qui donne du poids à la voix africaine dans les enceintes onusiennes.

Le Sénégal, preuve par l’exemple
Le rapport du Centre géodésique mondial des Nations Unies (UN-GGCE), publié en juillet 2026, apporte une pièce supplémentaire au dossier africain : l’étude de cas du Sénégal, où le projet PROCASEF (soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 80 millions de dollars, avec une seconde phase de 40 millions désormais approuvée) a permis de lever plus de 742 000 parcelles cadastrales, de déployer un réseau national de 23 stations GNSS permanentes et de former plus de 400 jeunes techniciens fonciers.
Ce cas illustre concrètement ce que la géodésie et la géospatiale rendent possible lorsqu’elles sont ancrées dans une priorité nationale — ici, la sécurisation foncière — plutôt que pensées comme une fin technique en soi. L’atelier régional de renforcement des capacités organisé à Nairobi en mai 2025 (61 professionnels, 29 pays, matériel traduit en français) confirme par ailleurs que cette montée en compétence dépasse largement le seul Sénégal.

L’Afrique du Sud, hôte d’un jalon décisif sur l’administration foncière
Le continent ne se contente pas de contribuer aux débats sur l’IA et la géodésie : il accueille aussi les moments charnières de la gouvernance foncière mondiale. Les 29 et 30 mai 2026, Le Cap a hébergé la sixième réunion d’experts du Groupe d’experts sur l’administration et la gestion foncières (EG-LAM) de l’UN-GGIM, organisée en partenariat avec le Département sud-africain de la réforme agraire et du développement rural, et adossée au Congrès 2026 de la Fédération internationale des géomètres (FIG) — lui-même tenu au Cap du 24 au 29 mai sous le thème « The future we want – the SDGs and beyond ».
Sous l’intitulé « From frameworks to practice: bridging the gap in land administration and management », la rencontre a permis de finaliser le plan de travail 2026-2029 du groupe d’experts, structuré autour de cinq axes — leadership et plaidoyer, appui à la mise en œuvre du Cadre pour une administration foncière efficace (FELA), innovation et normes, communication, gouvernance et adhésion — et de présenter des cas d’usage technique sud-africains sur les jumeaux numériques, la cartographie par drone et l’intégration de données géospatiales.
C’est également au Cap qu’a été discutée la proposition de Hub pour une administration foncière efficace, soumise pour examen à la 16e session. Conçu comme un mécanisme de réseau plutôt qu’une nouvelle institution, ce hub viserait à aider les pays à traduire en actions concrètes les cadres existants — FELA, le modèle de domaine d’administration foncière (LADM), les approches d’administration foncière adaptées à l’usage — en connectant expertise, outils, formations et retours d’expérience nationaux, en lien avec le Centre géodésique mondial (UN-GGCE), le Centre mondial de connaissances et d’innovation géospatiales (UN-GGKIC), la FAO, ONU-Habitat/GLTN, la Banque mondiale et la FIG. Le document insiste sur un principe simple mais structurant : l’IA et les autres technologies émergentes doivent soutenir l’expertise humaine, non la remplacer.
En accueillant cette étape charnière — entre relecture du FELA et lancement d’un mécanisme d’appui potentiellement mondial — l’Afrique du Sud confirme, aux côtés du Maroc, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire, que le continent n’est pas seulement destinataire des cadres normatifs de l’UN-GGIM : il en est un lieu de fabrication.
Vers UN-GGIM:Africa 12
Cette dynamique continentale trouvera son prolongement naturel lors de la douzième session d’UN-GGIM:Africa, qui succédera à la 11e session tenue à Accra en novembre 2025, en marge de la conférence AfricaGIS. C’est dans cette enceinte régionale que les positions nationales — marocaine, camerounaise, sud-africaine, éthiopienne, sénégalaise — se consolident et se généralisent sur le continent.

Ce qui se joue
À l’heure où le futur écosystème géospatial mondial se redéfinit autour de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, l’Afrique arrive à la table de négociation avec un quadruple avantage : une continuité de leadership dans les instances de gouvernance de l’UN-GGIM, des propositions normatives concrètes — au premier rang desquelles celle du Maroc sur la confiance et la gouvernance de l’IA géospatiale —, la capacité à accueillir et façonner des jalons institutionnels majeurs comme la réunion du Cap sur l’administration foncière, et des cas d’usage documentés qui ancrent le débat dans des priorités de développement réelles : foncier au Sénégal et en Afrique du Sud, sécurité alimentaire en Éthiopie, alignement réglementaire en Afrique du Nord.
La question, à l’approche d’UN-GGIM 16 et d’UN-GGIM: Africa 12, est de savoir comment transformer cette participation en influence durable sur les standards, les cadres de gouvernance et les investissements qui structureront la prochaine décennie, à travers un plan d’action africain actualisé, mobilisant toutes les parties prenantes des écosystèmes Géospatial, Statistique et transformation digitale.

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Africa and the global geospatial ecosystem
As the UN Committee of Experts on Global Geospatial Information Management (UN-GGIM) prepares for its sixteenth session (5–7 August 2026, New York), Africa arrives not as an observer but as a co-architect of the debate — particularly on agenda item 6, « The future geospatial information ecosystem. »
Leadership continuity
Three African figures anchor the continent’s institutional presence: Mr Clinton Heimann (South Africa), co-convenor of the writing team on the future geospatial ecosystem; Mr Fernand Guy Isseri (Cameroon), co-chair of the High-Level Group on the UN Integrated Geospatial Information Framework (UN-IGIF); and Mr Fernand Balé (Côte d’Ivoire), co-chair of the UN-GGIM Subcommittee on Geodesy — a rare concentration of African leadership across the Committee’s core governance bodies.
Morocco sets the terms of the AI debate
Morocco’s National Agency for Land Conservation, Cadastre and Cartography (ANCFCC), via Kamal Outghouliast, submitted a position paper — « Artificial Intelligence and the Future Geospatial Information Ecosystem: Building Trust, Governance and Readiness in an Autonomous Digital Future » — arguing that national geospatial authorities must evolve from data producers into stewards of trusted information within an increasingly automated ecosystem, anchored in digital cooperation, anticipatory governance, and ethical, rights-based principles.
ECA turns research into policy
The UN Economic Commission for Africa convened a Policy & Programme Dialogue showcasing its Fellows’ work: digital ecosystem governance and regional policy alignment in North Africa (echoing Morocco’s contribution), and AI-driven satellite embeddings for crop mapping and food security in Ethiopia’s smallholder agriculture — pairing applied research with governance thinking.
South Africa hosts a land-administration milestone
Cape Town hosted the sixth expert meeting of the Expert Group on Land Administration and Management (29–30 May 2026, with South Africa’s Department of Land Reform and Rural Development, back-to-back with the FIG Congress). It finalized the 2026–2029 workplan for the Framework for Effective Land Administration (FELA) and advanced a proposed Hub for Effective Land Administration — a network-based mechanism to help countries translate global frameworks (FELA, LADM, fit-for-purpose land administration) into practice, explicitly stating that AI should support, not replace, human expertise.
Senegal as proof of concept
The UN Global Geodetic Centre of Excellence’s 2024–2026 Highlights Report features Senegal’s PROCASEF project (World Bank-backed, $80M + $40M phase two) — over 742,000 parcels surveyed, a 23-station national GNSS network, and 400+ trained land technicians — as a model of geodesy built around a national development priority rather than as a technical end in itself.
The throughline
Africa combines sustained leadership in UN-GGIM governance bodies, concrete normative proposals (Morocco on AI governance), the capacity to host and shape major institutional milestones (South Africa on land administration), and documented use cases (Senegal, Ethiopia) — positioning it to move from participation to lasting influence over the standards and investments shaping the next decade of global geospatial information management. This momentum carries directly into UN-GGIM:Africa’s twelfth session, which will consolidate these national positions ahead of New York.

